Cette tendance venue des réseaux sociaux célèbre la cuisine maison, les repas en famille, les enfants moins connectés et une vie plus douce. Mais derrière cette esthétique très années 90, une question mérite d’être posée : pourquoi avons-nous autant envie de retrouver ce que nous semblons avoir perdu ?
Au programme
• Qu’est-ce qu’une Butter Mum ?
• Pourquoi cette tendance revient-elle maintenant ?
• Le retour d’une maternité plus simple, entre nostalgie et réalité
• Butter Mum : une tendance… ou quelque chose que nous connaissions déjà ?
• Faut-il vraiment devenir une Butter Mum ?
• Et si le véritable luxe était simplement d’être là ?
Il y a quelque chose de presque paradoxal dans la tendance Butter Mum.
À l’heure où nos téléphones savent tout de nous, où les journées semblent toujours trop courtes et où la maternité se retrouve constamment commentée, photographiée et comparée sur les réseaux sociaux, une nouvelle esthétique fait doucement son chemin. Elle ne promet ni productivité spectaculaire, ni maison parfaite, ni enfants transformés en petits génies.
Elle parle plutôt de beurre sur une tartine chaude, de gâteaux faits maison, d’une table autour de laquelle on prend le temps de s’asseoir, d’enfants qui jouent dehors, d’un intérieur vivant et d’une mère qui semble avoir accepté de ne pas tout optimiser.
Bienvenue dans l’univers de la Butter Mum.
Mais derrière les jolies images et la nostalgie des années 90, cette tendance raconte quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’une simple esthétique Pinterest. Elle dit quelque chose de notre époque, de notre fatigue collective, de notre rapport aux écrans et peut-être même de notre besoin de retrouver une forme de présence.
Et pour nous, femmes musulmanes, elle soulève une autre question.
Pourquoi cette manière de vivre nous est-elle présentée comme une nouvelle tendance alors que certaines des valeurs qu’elle remet en lumière nous sont familières depuis bien longtemps ?
C’est précisément là que la Butter Mum devient intéressante.
Qu’est-ce qu’une Butter Mum ?
Commençons par le commencement.
Le terme Butter Mum, parfois écrit Butter Mom, est apparu dans le prolongement d’une autre expression bien connue sur les réseaux sociaux : Almond Mom. Là où cette dernière renvoyait notamment à une culture de la restriction alimentaire et aux injonctions faites aux femmes et aux jeunes filles autour du corps, la Butter Mum propose une image presque opposée.
Ici, le beurre est plutôt symbolique. Il évoque une cuisine généreuse, les aliments réconfortants, les goûters préparés à la maison, les repas partagés et une relation moins anxieuse à la nourriture.
Mais la tendance ne s’arrête évidemment pas à l’assiette.
La Butter Mum est devenue une véritable esthétique de vie. On y retrouve souvent une maison chaleureuse, des vêtements simples, des enfants qui jouent dehors, des activités manuelles, des repas préparés en famille, moins de temps passé devant les écrans et une certaine nostalgie de l’enfance des années 90.
Vous voyez probablement le tableau.
Une cuisine un peu désordonnée mais accueillante. Une fournée de cookies qui sort du four. Des enfants qui rentrent avec les genoux un peu sales après avoir joué dehors. Une table où personne ne semble pressé de repartir. Un panier de linge posé quelque part, parce que, justement, la maison est habitée.
Rien de très spectaculaire.
Et c’est précisément ce qui semble séduire.
Pourquoi la tendance Butter Mum arrive-t-elle maintenant ?
Parce qu’elle apparaît à un moment où notre quotidien n’a probablement jamais été aussi éloigné de ce qu’elle met en scène.
Nous vivons entourés d’écrans. Nous pouvons travailler, commander un repas, faire des achats, discuter avec nos proches et regarder ce que font des inconnus du monde entier sans quitter notre canapé.
Même la maternité est devenue un contenu.
On filme les routines du matin, les repas des enfants, les anniversaires, les activités éducatives, les chambres parfaitement rangées, les lunchs préparés avec soin. Il existe presque toujours une nouvelle méthode à essayer, une nouvelle routine à adopter, une nouvelle manière d’être une « bonne mère ».
Et au milieu de tout cela, une tendance apparaît et semble murmurer quelque chose de beaucoup plus simple :
Et si on arrêtait de vouloir tout faire parfaitement ?
C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles la Butter Mum trouve autant d’écho.
Elle ne vend pas vraiment une nouveauté. Elle vend une sensation de familiarité.
Une enfance moins connectée. Une maison où l’on cuisine. Des repas qui prennent leur temps. Des après-midis qui ne sont pas entièrement organisés. Une mère qui n’a pas besoin de transformer chaque moment ordinaire en activité pédagogique.
Ce n’est pas nécessairement que les femmes veulent retourner dans les années 90.
Elles semblent surtout avoir envie de retrouver ce que ces années représentent dans leur imaginaire : du temps.
La Butter Mum, nostalgique des années 90 ?
Oui, et c’est probablement l’un des aspects les plus visibles de la tendance.
Les années 90 sont partout dans son univers : les recettes familiales, les goûters simples, les vêtements confortables, les maisons moins minimalistes, les enfants qui passent davantage de temps dehors, les jeux sans écran et cette impression d’un quotidien moins scénarisé.
Bien sûr, il faut garder un peu de distance avec cette nostalgie.
Les années 90 n’étaient pas une époque parfaite. Les mères travaillaient déjà, jonglaient déjà avec mille responsabilités et connaissaient déjà leur lot de fatigue. Les enfants n’étaient pas systématiquement heureux parce qu’ils n’avaient pas de tablette.
La nostalgie sélectionne.
Elle garde certaines images et en efface d’autres.
Mais ce qui est intéressant n’est pas de savoir si les années 90 étaient réellement « meilleures ». C’est de comprendre pourquoi leur imaginaire nous attire autant aujourd’hui.
Peut-être parce qu’il représente une époque où tout n’était pas encore pensé pour être partagé. Un goûter pouvait simplement être un goûter, un dimanche pouvait simplement être un dimanche. Et un souvenir n’avait pas besoin d’être photographié pour avoir de la valeur.
Une maternité moins performative
C’est probablement ici que la Butter Mum touche quelque chose de plus profond.
Pendant longtemps, la maternité a été présentée comme une succession de tâches : nourrir, organiser, accompagner, éduquer, anticiper, stimuler, protéger.
Puis les réseaux sociaux ont ajouté une nouvelle dimension : montrer.
Montrer les bons repas. Montrer les activités. Montrer les enfants épanouis. Montrer l’organisation parfaite. Montrer la chambre parfaite. Montrer que l’on maîtrise.
La Butter Mum propose presque l’inverse. Elle remet au centre les moments qui ne produisent rien de spectaculaire. Faire une soupe, préparer un gâteau, s’asseoir avec son enfant, recevoir sa famille, lire une histoire, marcher, manger ensemble. Être là.
Ce sont des choses tellement ordinaires qu’elles pourraient sembler insignifiantes. Pourtant, ce sont souvent elles qui constituent les souvenirs d’une enfance.
Mais avons-nous vraiment attendu TikTok pour découvrir cela ?
C’est ici que notre regard de femmes musulmanes mérite d’entrer dans la conversation.
Parce qu’il y a une petite ironie à voir certaines valeurs anciennes revenir sur les réseaux sociaux sous la forme d’une nouvelle tendance lifestyle.
On nous parle aujourd’hui de slow living, de générosité, de repas en famille, d’hospitalité, de simplicité, de gratitude, de modération et de présence auprès des siens comme de découvertes auxquelles notre époque aurait enfin pensé.
Mais notre tradition n’a pas attendu Instagram pour leur donner une place.
L’islam nous enseigne depuis longtemps une relation équilibrée à la vie : ne pas faire de la consommation une finalité, prendre soin des liens familiaux, honorer ses invités, être généreux, manger avec mesure, accorder de la valeur aux petites actions et ne pas laisser les biens matériels devenir le centre de notre existence.
Et la Sunna du Prophète ﷺ nous donne justement un exemple de vie où la simplicité n’est pas synonyme de pauvreté intérieure, où la famille et les relations humaines occupent une place essentielle, et où les gestes ordinaires peuvent avoir une grande valeur.
Alors non, une femme musulmane n’a pas besoin de découvrir la Butter Mum pour apprendre à aimer une vie simple.
Elle n’a pas besoin de TikTok pour savoir que recevoir quelqu’un avec générosité est beau. Elle n’a pas besoin d’une esthétique beige pour comprendre la valeur d’un repas partagé. Elle n’a pas besoin d’une tendance américaine pour découvrir que les enfants ont besoin de présence, d’attention et de transmission.
Et c’est justement pour cela que cette tendance mérite d’être observée plutôt qu’imitée.
La Butter Mum n’est pas un nouveau modèle à adopter. C’est un phénomène de société à regarder avec un peu de recul.
Parce qu’une tendance peut parfois mettre un nouveau nom sur quelque chose que l’on connaissait déjà.
Ce que la Butter Mum nous dit de notre époque
Peut-être que le véritable sujet n’est donc pas la Butter Mum. Peut-être que le véritable sujet, c’est notre rapport au temps.
Nous avons tellement appris à optimiser nos journées que nous avons parfois oublié qu’un quotidien n’a pas besoin d’être productif pour être précieux. Une promenade avec son enfant ne doit pas nécessairement devenir une activité d’éveil. Un repas n’a pas besoin d’être digne d’un magazine. Une visite chez une proche ne doit pas forcément être immortalisée. Certaines choses peuvent simplement être vécues. Cette idée paraît presque radicale aujourd’hui. Et pourtant, elle est profondément apaisante.
La tendance Butter Mum semble ainsi répondre à une fatigue très contemporaine : celle de devoir constamment faire plus, montrer plus, acheter plus, organiser plus et parfois même devenir une meilleure version de soi-même. Elle remet en valeur une autre forme de richesse. Celle d’avoir du temps pour les personnes que l’on aime.
Et l’alimentation dans tout ça ?
Le nom même de la tendance nous ramène à la cuisine.
Mais là encore, il serait dommage de réduire la Butter Mum à une esthétique de recettes généreuses et de tartines beurrées.
Ce qui se joue derrière l’alimentation est surtout une volonté de revenir à une relation plus simple avec les repas. Cuisiner soi-même lorsque l’on peut. Connaître ce que l’on met dans son assiette. Transmettre quelques recettes familiales. Faire participer les enfants. Prendre le temps de manger ensemble lorsque le quotidien le permet. Pas besoin d’en faire une nouvelle injonction. Toutes les familles n’ont pas le temps de préparer chaque repas maison. Toutes les mères ne veulent pas cuisiner tous les jours. Et une cuisine parfaite n’a jamais été un indicateur de bonheur familial.
L’intérêt de la tendance se trouve ailleurs : elle rappelle que la nourriture peut aussi être un moment de lien.
Une recette transmise par une grand-mère. Un plat préparé pour accueillir quelqu’un. Un gâteau fait avec les enfants un mercredi après-midi. Une table autour de laquelle une conversation commence et s’éternise. La nourriture cesse alors d’être uniquement ce que l’on consomme. Elle devient un souvenir.
Faut-il vraiment devenir une Butter Mum ?
Non.
Et c’est peut-être la partie la plus importante de cet article. Parce qu’à force de transformer chaque tendance en nouvelle identité, nous finissons parfois par remplacer une injonction par une autre.
Hier, il fallait être la femme parfaitement organisée. Aujourd’hui, il faudrait être la maman qui cuisine tout maison, limite les écrans, fabrique ses goûters, cultive son jardin, habille ses enfants comme dans un catalogue vintage et possède une maison qui semble sortie d’un film des années 90. Même la simplicité peut devenir une performance. C’est là que la tendance perdrait tout son sens.
Vous n’avez pas besoin d’un panier en osier, d’une robe fleurie et d’un pain fait maison chaque matin pour avoir une vie simple. Vous pouvez travailler, aimer la mode, utiliser votre téléphone, commander un repas lorsque vous êtes fatiguée et ne jamais faire de confiture maison. Cela ne vous rend pas moins présente, moins féminine ou moins attentive à votre famille. La vraie question n’est donc pas : « Suis-je assez Butter Mum ? »
La question serait plutôt : « Quelle place est-ce que je donne aux choses qui comptent vraiment pour moi ? »
Une tendance qui nous rappelle quelque chose d’essentiel
C’est peut-être là que la Butter Mum devient finalement intéressante pour nous. Non pas parce qu’elle aurait quelque chose à nous apprendre que notre foi ne nous aurait jamais transmis.
Mais parce qu’elle révèle un paradoxe de notre époque : nous sommes capables de transformer en tendance ce que nous avons passé des années à considérer comme banal.
- La présence devient un concept.
- La cuisine maison devient une esthétique.
- L’hospitalité devient un lifestyle.
- Le temps passé avec ses enfants devient une philosophie.
- La simplicité devient une tendance.
Et peut-être que cela devrait nous faire réfléchir. Nous vivons dans une époque où nous avons accès à plus de choses que jamais, mais où nous ressentons parfois un manque très difficile à nommer.
- Plus de choix, mais moins de temps.
- Plus de communication, mais parfois moins de présence.
- Plus d’images, mais moins de souvenirs vécus sans caméra.
- Plus de conseils sur la maternité, mais parfois moins de confiance dans notre propre manière de faire.
La Butter Mum n’apporte pas nécessairement la réponse. Mais elle révèle la question.
Et si le véritable luxe était simplement d’être là ?
On pourrait passer des heures à analyser les codes de cette tendance : ses recettes, ses vêtements, ses maisons, ses références aux années 90 et les vidéos qui circulent sur les réseaux. Mais derrière tout cela, quelque chose de beaucoup plus simple semble nous attirer.
Le désir d’une vie qui ne soit pas entièrement dictée par l’urgence, le désir de voir ses enfants grandir sans avoir le sentiment d’avoir tout filmé sauf leur enfance, le désir de retrouver une maison qui ne soit pas seulement jolie, mais vivante, le désir de recevoir sans attendre que tout soit parfait, le désir de cuisiner parce que l’on aime faire plaisir, pas parce qu’une vidéo nous explique comment être une meilleure mère. Et peut-être surtout, le désir de retrouver une présence que notre époque nous pousse parfois à disperser.
Pour une femme musulmane, cette réflexion peut aller encore plus loin. Car si certaines choses que la Butter Mum remet aujourd’hui à la mode nous sont déjà familières à travers notre tradition, alors peut-être que notre rôle n’est pas de courir derrière cette nouvelle esthétique.
Peut-être est-ce plutôt de nous demander ce que nous avons, nous aussi, laissé de côté. Pas pour devenir une autre version de nous-mêmes. Pour revenir à ce qui avait déjà du sens.
Alors, Butter Mum ou pas ?
Peut-être que tu ne te reconnais pas du tout dans cette tendance. Peut-être que tu cuisines tous les jours, ou jamais. Peut-être que tes enfants adorent les écrans et que tu n’as aucune envie de recréer ton enfance des années 90. Peut-être que ton intérieur est minimaliste, coloré, traditionnel ou constamment en désordre. Ce n’est pas vraiment le sujet.
Parce que derrière le mot Butter Mum, il y a quelque chose de plus intéressant que l’esthétique elle-même. Il y a cette envie de ralentir. De remettre les relations au centre, de transmettre plutôt que de simplement consommer, de profiter de ce qui est déjà là.
Et si certaines de ces valeurs font écho à ce que notre foi nous enseigne, alors il n’est peut-être pas nécessaire de leur chercher un nouveau nom pour les rendre précieuses.
La Butter Mum passera peut-être à son tour. Une autre tendance prendra sa place. Une nouvelle esthétique apparaîtra sur TikTok, avec un autre nom, d’autres couleurs et d’autres codes. Mais le besoin qu’elle révèle, lui, risque de rester. Celui de retrouver une vie plus présente. Une vie où tout n’a pas besoin d’être partagé pour être vécu, une vie où la maison peut être imparfaite, le repas très simple et la journée complètement ordinaire. Mais où, autour de la table, on est vraiment là.
Alors, peut-être que tu n’es pas une Butter Mum.
Peut-être que certaines choses qu’elle remet à la mode faisaient simplement déjà partie de ce que tu voulais préserver.

