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Interview – L’Observatrice : Quand les mots deviennent un acte de courage

Interview – L’Observatrice : Quand les mots deviennent un acte de courage

L'observatrice : livre pour filles musulmanes

Dans un monde où nos enfants sont constamment exposés aux opinions et jugements sur les réseaux sociaux, L’Observatrice propose une histoire à hauteur d’adolescente, entre quête de vérité et responsabilité. Nour Siraj signe un récit à la fois captivant et profondément éthique. Rencontre avec une autrice qui invite les jeunes lecteurs à réfléchir au poids de leurs paroles et à la place de leurs valeurs. 

 

 

  1. L’Observatrice est votre premier roman. Comment est née l’idée de cette histoire ? 

N.S : J’ai été enseignante et en observant mon environnement, l’idée est née d’un constat simple : beaucoup d’enfants (et même les adultes) voient des choses qui les dérangent, mais n’osent pas toujours les dire.

J’ai voulu créer un personnage qui leur ressemble, une fille discrète mais lucide, qui observe plus qu’elle ne parle. Aya est née de toutes ces élèves que j’ai croisées, timides mais incroyablement profondes.

Elle représente ce courage silencieux qui existe chez tant d’enfants, et qui ne demande qu’à s’exprimer autrement que par le bruit ou la confrontation.

 

  1. Pourquoi avoir choisi un cadre scolaire comme décor de l’histoire, et plus précisément un collège ? C’est souvent le lieu de harcèlement entre élèves… Était-ce important pour vous de parler de cette période-là ?

N.S : Le collège, c’est l’endroit où tout commence. Les premières injustices, les premières vraies amitiés, les premiers choix importants, les premiers regards qui pèsent. C’est un microcosme où chaque geste peut laisser une trace.

Je voulais placer Aya au cœur de cette période charnière, parce que c’est précisément là que les enfants ont besoin d’être guidés, protégés et inspirés.

 

  1. Aya devient “L’Observatrice”, une voix anonyme qui dénonce ce qu’elle voit, et le lecteur est le seul à connaître son identité. À travers elle, vous abordez la question du courage et de la vérité. Quelle place ces valeurs occupent-elles dans votre propre parcours, personnel ou spirituel ?

N.S : Je trouve que le courage c’est réussir à être aligné entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. Pour moi, le courage n’est pas un grand acte spectaculaire : c’est tenir bon face à soi-même.

Assumer d’être ce que l’on est, rester fidèle à ce qu’on dit avec des actes. Dire la vérité, même quand c’est inconfortable. Agir avec droiture, même quand personne ne regarde parce qu’au final il y a toujours Allah et c’est le plus important.

Ces valeurs font partie de mon parcours personnel et spirituel. Elles m’accompagnent dans mes choix d’autrice : écrire pour le bien, pour élever, pour pousser à la réflexion. Aya incarne cette recherche intérieure.

 

  1. Le roman s’adresse principalement aux filles musulmanes. Comment avez-vous concilié le suspense, les rappels et la transmission de valeurs sans avoir un ton trop moralisateur ?

N.S : Je me suis concentrée sur une règle : montrer plutôt que dire. Au lieu d’asséner des leçons, j’ai laissé les situations parler d’elles-mêmes.

Les lectrices comprennent les conséquences d’un acte à travers l’histoire, les émotions, les réactions des personnages. Le suspense permet d’avancer, les rappels apportent du sens, et ensemble ils créent un équilibre naturel sans lourdeur.

 

  1. On sent à travers les lignes, une réflexion sur la responsabilité de la parole. Dans une époque où tout le monde s’exprime, notamment virtuellement, et peut causer du tort, quel message vouliez-vous faire passer à vos jeunes lecteurs et à leurs parents ?

N.S : Aujourd’hui, on parle beaucoup… parfois trop, souvent mal, sans nous soucier du poids des mots. Mais chaque mot laisse une trace, en bien ou en mal.

Aux jeunes comme aux parents, je voulais transmettre cette idée : la parole est un outil puissant, et on doit l’utiliser avec conscience. On peut réparer, apaiser, protéger… ou blesser.

À travers Aya, je voulais montrer qu’on peut choisir d’en faire quelque chose de noble.

 

  1. Le livre aborde aussi des thèmes très concrets : les rumeurs, les amitiés, la peur du regard des autres… Pensez-vous que la littérature jeunesse musulmane a aujourd’hui un rôle à jouer pour aider les jeunes à traverser ces épreuves ?

N.S : Oui clairement, elle a un rôle immense : offrir des modèles positifs, ancrés dans nos valeurs, dans la réalité, dans la pudeur et la responsabilité.

Nos jeunes ont besoin d’histoires dans lesquelles ils se reconnaissent, qui leur parlent vraiment, et qui respectent leur identité. La littérature musulmane peut devenir un refuge, un miroir, un guide.

 

  1. Vous avez choisi une héroïne qui agit par les mots. Pourquoi ce choix ? Quelle importance l’écriture a-t-elle dans votre vie, dans votre foi ?

N.S : J’ai choisi une héroïne qui agit par les mots parce que, pour moi, c’est presque une ode aux mots. Je ne suis pas du genre à remplir des carnets, mais j’aime profondément la justesse dans les termes : trouver le mot qui colle exactement à une émotion ou à une situation.

Quand je raconte quelque chose, j’ai besoin d’être précise. Plus on a les mots pour dire les choses, plus on se rapproche de la vérité. Aya agit de cette manière-là : avec la précision, la nuance, la sincérité. Quant à l’écriture, elle a pris une place dans ma vie, et c’est complètement nouveau pour moi.

Avant, j’enseignais des leçons de français. Aujourd’hui, à travers mes histoires, j’enseigne des leçons de vie al hamdoulilah. C’est une autre manière d’accompagner les enfants, et je trouve ça passionnant.

 

  1. Quels retours avez-vous reçus de vos lectrices ou de leurs parents depuis la sortie du livre ? Y a-t-il un message ou un témoignage qui vous a particulièrement touchée et que vous souhaitez partager ?

N.S : Honnêtement, avant la semaine dernière, j’aurais dit que tous les messages reçus sur Instagram, Amazon etc… me touchent. Le simple fait qu’une lectrice ou un lecteur prenne le temps de partager son ressenti, c’est déjà un cadeau. Ça veut dire que le livre a résonné quelque part en eux, c’est précieux.

Mais la semaine dernière, j’ai eu la chance d’aller au contact direct des enfants, et là, c’était encore autre chose. J’ai reçu un petit carnet rempli de leurs mots, de leurs impressions, de leurs rêves aussi, certaines m’ont même dit que lire mon livre leur avait donné envie d’écrire à leur tour. Pour moi, ça, c’est extrêmement satisfaisant.

Et puis il y a eu ces petites filles qui sont venues me voir après mon intervention pour me confier qu’elles avaient été harcelées. C’est un crève-cœur de les entendre, mais je me suis dit que si mon livre peut leur apporter un peu de force, un peu de réconfort, alors il remplit sa mission.

J’ai aussi revu d’anciennes élèves, aujourd’hui en troisième, qui m’ont dit : « Madame, on est fières de vous. » Et ça ! ça fait vraiment quelque chose.

 

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  1. Le roman est annoncé comme le premier tome d’une saga. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce qui attend Aya dans le tome 2, sans trop dévoiler la suite ?

N.S : Pour le tome 2, j’ai vraiment essayé d’écouter les retours de mes lecteurs. Ils voulaient plus d’action, plus de rythme alors j’ai eu envie de leur offrir ça.

On change de point de vue, ce qui me permet d’explorer des sujets que j’avais seulement survolés dans le premier tome. Et sans spoiler, je peux dire une chose : cette fois, ce n’est plus seulement Aya qui porte l’histoire…

 

  1. Vous faites partie d’une nouvelle génération d’autrices musulmanes qui écrivent pour la jeunesse. Comment voyez-vous l’évolution de cette littérature? Qu’a-t-elle à offrir de différent ou de précieux, selon vous ?

N.S : Je pense qu’on est à l’aube de quelque chose de beau. De plus en plus d’autrices osent écrire pour nos enfants, avec nos valeurs et en ayant à cœur de proposer un contenu de qualité.

Ce que cette littérature apporte de précieux, c’est la possibilité pour nos jeunes de grandir avec des repères qui leur parlent, des personnages qui leur ressemblent, des histoires qui respectent leurs valeurs de pouvoir s’identifier tout simplement.

Le challenge pour nous c’est de proposer des textes intéressants sans renier notre foi, sensibiliser sans dénaturer/ caricaturer, divertir tout en élevant. 

Propos recueillis par Sanda Bouabdellah 

 

À propos du livre 

L’Observatrice – Tome 1 


De Nour Siraj, à partir de 10 ans – Saga en 3 tomes
Un roman de suspense et d’apprentissage, où une collégienne découvre le pouvoir et les limites des mots. Une lecture engagée, bienveillante et fidèle aux valeurs musulmanes, qui invite à réfléchir sur la vérité, la justice et la responsabilité.

Résumé : 

Dans un collège où les rumeurs vont vite mais où certaines vérités restent tues, Aya, élève de sixième, sans histoires, trouve un autre moyen de s’exprimer.

Sous le pseudonyme de L’Observatrice, elle publie anonymement des articles sur le blog de l’école, dénonçant ce qu’elle voit et ce qui lui semble injuste. Mais plus ses mots prennent de l’ampleur, plus elle se retrouve face à des dilemmes.

Jusqu’où peut-elle aller sans risquer ses amitiés ? Dire la vérité, est-ce forcément trahir ?

Grandir, c’est aussi apprendre à faire des choix… Et si tout cela n’était qu’une pièce d’un puzzle bien plus grand ?

 

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